Au sein des laboratoires du Centre régional de recherche agronomique de Rabat (INRA), des chercheurs marocains viennent de mettre en place une technologie de pointe: l’insémination artificielle chez les ovins. Derrière ce procédé en apparence simple se cache une véritable révolution génétique au service de l’élevage national. 

Dans les coulisses du progrès scientifique marocain, une révolution est en marche. Sous la houlette du personnel de l’Institut national de recherche agronomique, des équipes pluridisciplinaires s’emploient depuis des années à développer l’insémination artificielle des ovins, une technique devenue aujourd’hui un levier stratégique pour améliorer la productivité et la résilience du cheptel marocain. 

«C’est une technologie complexe», explique la docteure Bouchra Elamiri, chercheuse en production animale à l’INRA. «Elle repose sur l’amélioration des caractéristiques génétiques des petits ruminants, et nous avons commencé à y travailler dès 2005 au centre de Settat. Mais nous n’avons pu la transférer aux exploitations agricoles que récemment, après des résultats très prometteurs», poursuit la scientifique.

Le processus nécessite une double approche: l’optimisation de la semence chez les béliers, mais aussi la sélection rigoureuse des brebis, avant de passer à la combinaison entre les deux éléments. Ce travail de fond vise à maximiser la fertilité et à renforcer les performances génétiques des races locales. 

Le centre axe ses recherches sur des races locales à fort potentiel comme «Sardi», «INRA 180» ou encore «Dman». Les chercheurs sélectionnent les meilleurs reproducteurs selon des critères de fertilité et de résistance, en particulier face aux effets du changement climatique.

Dans un premier temps, l’équipe s’est penchée sur la qualité de la semence: «Nous avons étudié en détail les propriétés nécessaires pour différentes races. En parallèle, nous avons identifié les freins à la fertilité chez la brebis. Une fois les deux volets maîtrisés, nous avons pu procéder à des combinaisons optimales», explique la chercheuse.

L’une des innovations majeures réside dans l’élaboration de diluants de semence à base d’ingrédients naturels marocains: «Nous avons intégré de l’huile d’argan et de l’extrait de cactus pour garantir la viabilité des spermatozoïdes. Grâce à cela, une seule dose peut permettre d’inséminer jusqu’à 20 brebis, contre une par brebis en reproduction naturelle

Ce gain d’efficacité permet non seulement de réduire les coûts, mais aussi d’accélérer l’amélioration des souches ovines locales.

Contrairement aux idées reçues, l’insémination artificielle ne modifie pas la nature des cellules: «Nous reproduisons le cycle naturel, mais dans un cadre scientifique maîtrisé», précise la chercheuse.

Le processus commence par la sélection des meilleures brebis, à qui l’on insère des éponges vaginales contenant des hormones pour synchroniser l’ovulation. Quinze jours plus tard, ces éponges sont retirées, et un autre traitement hormonal est administré avant l’insémination 55 heures plus tard.

Actuellement, la semence utilisée est fraîche, mais des travaux sont en cours pour maîtriser la congélation et le stockage.

Avec des taux de succès oscillant entre 65% et 70%, les résultats actuels sont très encourageants. L’insémination artificielle ne se limite plus à un outil de reproduction: elle devient un pilier fondamental pour atteindre la souveraineté alimentaire et renforcer l’autonomie génétique du Maroc.

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